
Pierre : « Le sérieux n’a aucun avenir »
Comme beaucoup de ceux qui ne se prennent pas au sérieux, Pierre a de quoi étonner : né dans le Vaucluse en 1943, juif d’origine polonaise et rurale, il est « déportable » – comme il dit - dès sa conception. Son père est Khazar, il s’occupe d’une ferme à Mazan. L’environnement y est heureusement très amical, ce qui vaudra à sa famille d’être prévenue par le voisinage à chaque risque de rafle, et de sortir indemne de la guerre. Arrivé à Paris, après la libération, le petit Pierre s’y étonne de la grisaille… « Ma langue maternelle, c’est le mistral, difficile de comprendre qu’il fasse moche quand le vent souffle… » « Inadapté scolaire diplômé », il vit l’école comme une période de captivité « assez longue ». D’une curiosité plus vaste que le programme, il se décrit comme l’opposé d’un intellectuel : Émotionnel et animal. Doté d’une « intelligence d’idiot » il engrange ses leçons comme un dictionnaire. Ni cancre, ni fayot, ni rebelle, il passe son bac à 17 ans, et se destine à la médecine, mais se plante à tous les examens pendant trois ans, ce qui l’amène tout naturellement à la psycho. Et ça lui réussit : Chargé de cours à l’université Paris VII, il a pratiqué la psychothérapie et l’analyse dans le public - essentiellement dans le cadre parents / enfants - et plus tard dans son propre cabinet. (Il a aussi enseigné la philo dans une boîte à bac pendant dix ans, sans l’avoir étudiée !) En 68, disciple de Pierre Fedida, il co-écrit avec lui (entre autres) le « Livre blanc de la psychologie » qui met l’accent sur l’importance de l’intentionnalité et des techniques du corps. Il rencontre Etienne Jalenques deux ans plus tard, qui le conforte dans son idée que la thérapie est essentiellement émotionnelle. Pierre déclare la guerre totale aux Lacaniens, considère Jung et Adler comme les fondateurs de la psychothérapie, et Freud comme un obstacle: « Il a réussi à coller son symptôme au monde entier ! » (Il est l’heureux père de deux filles qui lui ont donné trois –bientôt quatre- petits enfants multicolores, qui lui ont « ouvert les portes du Futur » comme quoi c’est pas toujours les cordonniers les plus mal chaussés…) Anar, bouddhiste et taoïste, Pierre n’a aucun goût pour le pouvoir ni pour le prestige, il refuse de se conformer à la normalité: « Je respecte mes chaos et les chaos des autres » Il a découvert le mime à l’adolescence, et le clown dans la foulée, surtout pour le côté pas sérieux : « Le rire est devenu le fondement de la poésie ! » Il s’intéresse à la chanson et à l’opérette, qu’il décrit comme la commedia dell’arte du quotidien. Dix ans de cinéma avec Serge Avedikian, produit, scénarise et joue dans des courts et moyens métrages. Il a aussi fondé il y’a une dizaine d’années un groupe : « Les harengs de la Baltique » et depuis quatre ans, il se produit régulièrement au théâtre pour du chant et des impros en solo… Ça doit pas être triste ! C’est un grand insomniaque (ce qu’il appelle « coma conscient ») - ce qui fait de lui un poète nocturne - il envoie ses pensées par e-mail à ses amis (trois par jour, au bas mot), ça vaut le détour ! « L’amour n’est pas là pour réparer, l’amour est là pour dévaster. L’amour n’apporte pas le bonheur, mais le bonheur est inepte sans amour ou affection profonde. » Maître Yoda est un romantique !
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