
Karel : « nul n’est prophète en son pays »
Vous avez sans doute déjà croisé Karel, ce british en scooter déglingué qui pose des affiches dans tous les bistrots dignes de ce nom, annonçant des concerts de musiciens inconnus du grand public, parfois imprimées sur papier kraft. Les concerts qu’il organise à la Java méritent le détour. Il fallait voir la rencontre inopinée entre Rodolphe Burger et le légendaire Robyn Hitchcock, avec un certain Bertrand (voir le Vantard N° 7) à la basse... De quoi en tirer une légitime fierté. Il fait venir des States (comme disent les critiques rock) et de Grande-Bretagne, (comme disent les géographes) des musiciens qui ont joué avec tout le monde... seconds couteaux ou sidemen des stars du Rock. C’est sa grande spécialité, les artistes méconnus... et il a commencé très tôt : de 69 à 77, il était le producteur, manager, parolier, puis guitariste infiltré du groupe maudit Bachdenkel — sorte de chaînon manquant entre Cream et Pink Floyd — qui fut surnommé « le plus grand groupe anglais inconnu » par le magazine Rolling Stone et dont les deux albums « Lemmings » et « Stalingrad » font l’objet d’un culte chez les quelques allumés et collectionneurs de raretés qui ont eu la chance de découvrir ce groupe. (je vous les recommande chaleureusement, c’est reédité en Cédé, renseignez-vous...) Anglais d’origine, demi-tchèque, il s’est installé à Paris il y a quarante ans. Comédien, il a d’abord fait des doublages en anglais de films français, puis il se tourne vers la musique, il joue partout en France, se lance dans la production en créant son label Initial Records. C’est grâce à un système de pré-vente qu’il parvient à presser leur deuxième album, et on peut lire dans les remerciements — entre autres — les noms de Daniel Balavoine et de Rory Gallagher. En 81, il sort un 45 tours de Proroky (en cyrillique) — The Prophets — dont les titres « Back to the burner » et « Back to Siberia » envisagent une hypothétique explosion dans une centrale nucléaire en U.R.S.S. La photo de couverture représente... la centrale de Tchernobyl. Prophétique ! On lui doit aussi la prod de Bernard Szajner, et de bien d’autres, tous aussi célèbres... Depuis dix ans, Karel produit des spectacles: de la musique, bien sûr, et du stand-up comedy (anglophone) à Paris et Milan. Il organise et enregistre des concerts intimistes et rares à la « Sound Gallery », son studio du quai de Jemmapes, qui fait aussi galerie, des merveilles comme la rencontre entre B.J. Cole (qui à joué avec tout le monde ) à la pedal steel et Michel Deneuve au cristal de Baschet... Très impressionnant ! Grand pote des artistes de rue comme Némo et Jérôme Mesnager, qu’il expose en ce moment, mais aussi d’artistes de bar comme Isabelle Galhaut, notre ami Tati Mouzo et moi-même, qui sommes très célèbres au Baron Rouge. On peut aussi être reconnaissants envers Karel d’avoir été à l’origine de la rencontre entre Chris Kenna et Sal Bernardi, véritable dream-team du Blues... Encore une fois, vous qui vivez dans leur principale zone d’activité, renseignez- vous, ou lisez le Vantard, on en parle souvent ! Côté actu, il organise cet été la troisième édition de son festival « Rochefort en accords », du 22 au 25 août, avec à l’affiche : John Greaves, Tony Truant (des Wampas), Geraint Watkins, Vic Moan, l’Ukulele Club de Paris, et bien d’autres encore. Sa devise : « Les culs-de-jatte ne courent pas les rues. » Un soir, après un concert particulièrement génial, il m’a dit d’un air tranquille : « Ce qui compte, c’est l’excellence. » À bon entendeur... Alors, si vous ne craignez pas le paradoxe, et que l’audace vous anime, vous pouvez toujours essayer de payer une beer à cet ours solitaire... mais faites gaffe quand-même : son humour est dévastateur !
Pour tout savoir : www.anythingmatters.com
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