L'Actu du faubourg

Dessin de France Dumas
  © France Dumas
Sans bistrot, point de bistrologie. Ou alors ce sera une sous-discipline de l’archéologie. À la une du Parisien (mais aussi dans le New-York Times N.D.L.R.) du 18 février, on pouvait lire cet appel vibrant  : « Il faut sauver les petits bistrots ». Les chiffres sont là : 200 000 cafés en France en 1960, 35 000 en 2010. En Île-de-France, 2 000 disparus l’année dernière, remplacés par des marchands de godasses, de médicaments ou de billets de banques. On en est à dresser dans nos provinces la triste carte des établissements survivants. Le voyageur assoiffé peut traverser cinq ou six villages avant de pouvoir pousser la seule porte ouverte à tous, celle d’un café, et un nombre plus grand encore pour la voir surmontée de la sympathique carotte. Ici et là, des humains se rencontrent, s’organisent, se cotisent pour défendre le dernier lieu vivant de leur patelin. Il faut sauver les petits bistrots. La formule de notre éminent confrère rappelle les innombrables cris d’alarme lancés pour la sauvegarde de l’ours brun, du panda ou du gypaète barbu. En général, c’est déjà foutu : la bestiole est aussitôt surveillée de près, ses ébats programmés, ses repas espionnés. Elle n’existera plus que pistée, tatouée, vaccinée, baguée, voire « réintroduite » en cas de disparition totale du milieu naturel. Dans les grandes villes comme à la cambrousse, le café, lieu d’échange social par définition suspect, fut de tout temps l’objet de tentatives de flicage, accru par les lois de persécution des fumeurs et des musicos. Il sera bientôt sous atmosphère stérile, silencieux, hygiénique — et surtout, pas de comptoir, tout le monde assis ! Un hyperbistrotier syndical affirme que pour survivre, le café doit « s’adapter », évoluer vers le « lounge » — canapé comme à la maison avec prise pour l’ordi — et trouve inadmissible l’absence de cocalaïte dans certains bars. Une audacieuse sociologue propose tout simplement que l’État subventionne les mastroquets, « à condition de jouer un rôle social », critère évalué par une administration sans doute tirée au hasard : la Santé ? l’Intérieur ? les Finances ? l’Éducation ? Avec un fonctionnaire derrière le comptoir, l’aumône gouvernementale qui saute à la moindre incartade, ils seront jolis nos petits bistrots. Qui dit « sauver » dit sauvetage, ou bien salut — avec un gilet de sauvetage façon banques américaines ou en se tenant accroché au rade, seule planche de salut ?
B. Pascarel

expos et theatre

affiche du rhum et des hommes

Les vendredis 11
et 18 décembre
à 18 h 30

Du rhum
et des hommes

Comédie avec
Fani Carenco
et Sandrine Peyneau.

 

Les Tontons Flambeurs

8 rue de la Main d'or

Samedi 12 et dimanche 13 décembre
à 14 h

Portes ouvertes à l'atelier Fronza

Peintures, bijoux, beau, pas cher.

 

Les Tontons Flambeurs

5 passage Basfroi 75011 Paris