Tito Puentes

Tito Puentes

 

Tito Puentes, cubain libre

C'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de rencontrer un géant. Pourtant, c'est au comptoir de l'Ami Pierre que le Vantard a eu l'honneur de s'entretenir avec Ernesto “Tito” Puentes, l'un des monuments de la musique afro-cubaine. Car à Paris, c'est notre bon Faubourg qui a ses préférences – ce qui ne nous étonne pas – et depuis une quinzaine d'années, il use le zinc de la Main d'Or, depuis que l'amitié le lie à une certaine Marie-Jo. Et même s'il ne boit plus d'alcool depuis plus de trente ans, Tito aime toujours les bistrots ! Certains feraient bien d'en prendre de la graine. Tout jeune, il joue dans les orchestres d'Arsenio Rodriguez et de Felix Chapotin, sur les plus grandes scènes de la Cuba noire – puisqu'à l'époque, l'île est sous domination américaine, et donc soumise à la ségrégation. En 1953, il fuit la dictature de Batista, et vient s'installer à Paris, alors l’une des capitales mondiales du jazz. Il faut dire qu'a cette époque, notre belle ville rayonnait d'un autre éclat qu'aujourd'hui : « On jouait plus de jazz à Paris qu'aux U.S.A – à part à la Nouvelle Orléans... L'afro-cubain était très populaire, encore plus que le jazz, jugé plus intello. » Dans les années soixante, soixante-dix, pour gagner sa vie, il joue de la trompette en mercenaire pour Claude François, Sylvie Vartan, Joe Dassin et la fine fleur de la varieté française, essentiellement sur scène, en remplacement des musiciens de studio, puisque lui n'a jamais le trac. « Un concert c'est comme une répetition quand on a bien appris et bien bossé, c'est seulement qu'il y a le public en plus ! J'ai moins le trac sur scène que dans la rue. » Il contribue à cette époque à faire reconnaître le talent de l'admirable Nino Ferrer, qu'il fera venir à Saint-Tropez, le propulsant de fait en tête du hit-parade. Il jouera aussi avec Manu Dibango, l'un des grands artisans de la musique afro-cubaine encore en activité. Sa musique, son style et ses rythmes sont le fruit de son enfance cubaine, de sa latinité. Et même s'il aura passé l'essentiel de sa vie en France, c'est le souvenir des vingt-quatre premières années de sa vie passées à la Havane qui prime. « Là bas, la musique est partout ! Les Cubains, quand ils entendent un gamin essayer de jouer de la trompette, ils l'encouragent... En France, les gens appellent la police ! » Un exilé reste toujours à cheval entre deux cultures, et c'est sans doute ce lien, ce pont, qui donne une résonnance particulière à son art. Pendant des années, il enseigne la trompette, les rythmes afro-cubains et l'art du big band au CIM, la très renommée école de jazz parisienne. Son goût de l'excellence en fait un professeur extrêmement exigeant mais très apprécié de ses élèves. « Les musiciens ne sont pas libres en France, il faut leur apprendre la liberté !» Pour Tito, ça passe par la rigueur, l'acharnement au travail, pour atteindre le sommet de son art et la vraie liberté de créer. Musicien avant tout, c'est à la direction de son propre big band qu'il officie depuis plus de vingt ans. On ne vous fera pas la liste de ses plus grands succès, mais même si parfois on le confond avec son quasi homonyme feu Tito Puente sans “s”, c'est sans doute l'un des musiciens des Caraïbes les plus connus chez nous. Dans son dernier album Victoria, ainsi nommé en hommage à sa mère centenaire, il revisite aussi bien Charles Trénet que les Rita Mitsouko et sa version, caribéenne en diable, de Marcia Baila me remue encore la moëlle épinière ! Mais gare à vous si vous commettez l'erreur de prononcer le mot “salsa” en sa présence, il vous rétorquera que sa musique « n'est pas une sauce faite de tout et de rien », non mais ! À quatre-vingt-deux ans, Tito a décidé de rendre à Dizzie Gillespie un hommage à la hauteur du personnage. Leur proximité d'inspiration, leurs styles et leur rapidité d'exécution époustouflants en font des artistes éminemment comparables, car s'ils n'ont jamais joué ensemble, les deux hommes ont toujours avancé dans la même direction. Il s'apprête donc à repartir en tournée dans toute la France à la tête de son big band de 21 musiciens, avec la complicité active du redoutable Jean-Louis Perrier, aux manettes de la production... Le coup d'envoi des réjouissances aura lieu les 8, 9 et 10 Octobre au New Morning. À vos agendas ! Comme quoi la musique, pour garder la forme, c'est autre chose que le jogging ! Chapeau Tito.

Jicé

nos dernieres interviews

Marcel Roger Martine Laurence
<<  Marcel Roger

Vantard n°2

<<  Martine

Vantard n°3

<<  Laurence

Vantard n°5

Pierre Frédérique Karel
<<  Pierre

Vantard n°6

<<  Frédérique

Vantard n°8

<<  Karel

Vantard n°10

Gaston Daniel Tito Puentes
<<  Jicé

Vantard n°30

<<  Daniel

Vantard n°21

<<  Tito

Vantard n°32

<< Télécharger le Vantard