Tito Puentes

Daniel

 

Daniel Darc

Des « Années Palace » — je veux parler de la décennie (une décade dure dix jours, sauf en anglais) qui s’est écoulée entre 78 et 88 au siècle dernier — nous reste le souvenir d’un tourbillon de fêtes permanentes : musique, sexe, paillettes, champagne et cocaïne, qui n’est pas sans rappeler le Berlin des années trente. Une période où l’euphorie collective tentait d’exorciser le désastre à venir... Et la gueule de bois a été terrible. Parmi les figures emblématiques de cette époque, subsistent encore quelques égéries : Dani, Blondie, des icônes comme Grace Jones, des dandys comme Alain Chamfort ou Etienne Daho, quelques ovnis du genre de Jacno et Patrick Eudeline — un des rares écrivains encore en activité — mais aussi Amanda Lear et Thierry Ardisson, mieux connus des plus jeunes, mais certainement pas les plus représentatifs… Les autres ont disparu peu à peu, emportés par les overdoses, les drames personnels et le sida. Pourtant, celui qui vivait déjà la tragédie, dix ans avant les autres, celui qui se déchirait, s’ouvrait les veines sur scène devant un public de petits minets horrifiés et ravis, celui dont le batteur mourait d’overdose au lieu de vomir son ouiski comme tout le monde, celui-là est un véritable survivant, pour ne pas dire un miraculé. Remarqué et remarquable pour son come-back aussi réussi qu’inattendu, il y a trois ans, avec son album Crève cœur, et cette année à nouveau avec la sortie d’Amours suprêmes, Daniel Darc, le chanteur de Taxi Girl est passé, après des années d’errance et de galères, du rayon « compils années 80 » au rayon « rock français » de la fnaque. Un bel exploit quand on constate que tous les autres ont fait le contraire ! Malgré tout, ce retour n'a rien d'étonnant, car cet écorché vif — au sens littéral du terme — est doté de la résistance des ronces, et ses chansons interprétées d’une voix d’adolescent ont le velouté des roses. Sombre, comme l’indique son nom de scène, mais non dénué d’humour, il nous offre, l’espace de ces deux albums, ses fragiles et rares instants de grâce. Daniel est un poète, plus proche de Lou Reed, de Philippe Léotard ou de Bashung (avec qui il chante en duo sur L.U.V. ) que d’Elvis Presley, son idole absolue. Et même si ses chansons ont parfois un petit arrièregoût de nostalgie, c’est toujours très justement teinté d’un zeste d’ironie. Il murmure, susurre ses textes, sur des mélodies denses et suaves, souvent tristes, parfois flippantes, fruits épineux de son vécu douloureux, mais dont la violence n’est jamais tournée que vers lui-même, et où la tendresse nous est offerte en signe de rédemption. À l’antithèse de l’égotisme : cultivé et attentif, il écoute et observe passionnément tout ce qui l’entoure, surtout les filles. Personnage complexe et curieux, un peu mystique parfois, mais sans pour autant sombrer dans le prosélytisme, Daniel Darc est un type généreux, intense et franchement attachant. D’une sensibilité à fleur de peau, parfois beau gosse, parfois sale gosse, toujours séducteur, il est très loin de l’image de Bukowski j’m’en foutiste et déjanté ou de Gainsbarre tatoué que voudraient lui coller les médias, toujours à la recherche d’étiquettes simplificatrices. Mais tous ceux qui le connaissent au quotidien, qui partagent la même vie de quartier, fréquentent les mêmes troquets, savent bien qu’il est impossible à cerner... et c'est précisément ce qu'on apprécie chez lui.

Jicé

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